jeudi, 24 novembre 2011
Contre Gueuleuze (II), pour Michéa
Dans un texte intéressant intitulé Les "anneaux du serpent" du libéralisme culturel: pour en finir avec la bonne conscience, où il se réfère notamment au Marx de la Question, Maxime Ouellet écrit que :
Dans ce contexte de crise du fordisme et de « gouvernabilité » des pays industrialisés selon les termes de la Commission Trilatérale, un nouvel imaginaire social a surgi des pratiques culturelles constitutives de nouvelles formes de rapports sociaux au sein du capitalisme. Les principes postmodernes inspirés de la philosophie deleuzienne portant sur la contingence, la résistance, la différence et la fragmentation des identités, ont ainsi alimenté le nouveau discours de légitimation du capitalisme flexibilisé. Dans cette nouvelle culture capitaliste, non seulement un comportement adaptatif est souhaitable, mais il est fortement valorisé en ce que l’identité est perçue comme un « projet » à reconstruire en permanence. Comme le souligne Zizek :
[…] imitation impersonnelle des affects, […] communication des intensités affectives en deça du niveau de sens, […] explosion des limites de la subjectivité autolimitée et accouplement direct de l’homme à la machine, […] nécessité de se réinventer en permanence, de s’ouvrir à une multitude de désirs qui nous poussent jusqu’à nos limites. Plusieurs éléments justifient en effet que l’on qualifie Deleuze d’idéologue du nouveau capitalisme.
On ne saurait mieux dire. En ce qui concerne Michéa, nous lisons:
C’est chez les classes populaires, et particulièrement dans le mouvement ouvrier, que se logerait une common decency, c’est-à-dire un ensemble de vertus traditionnelles telles l’honnêteté, la générosité, la bienveillance et l’esprit d’entraide. Autrement dit, il faudrait chercher dans la morale et les traditions antérieures au capitalisme une forme de subjectivité qui possèderait en elle-même les capacités de transcender le capitalisme. Cette forme de subjectivité apriorique et « pure » serait en quelque sorte manipulée de l’extérieur par l’idéologie libérale. Il suffirait que les gens arrêtent de croire au capitalisme pour qu’il cesse de fonctionner, ou encore de remplacer les valeurs actuelles par des valeurs traditionnelles qui seraient plus adéquates à une société décente que les moeurs perverties de la société libérale.

Il nous semble à vrai dire que Michéa ne proclame pas qu'il suffirait d'arrêter de croire au capitalisme pour qu'il cesse de fonctionner. Il dit plutôt qu'il faut arrêter de croire que la gauche représente, serait-ce par exemple au niveau de la reconnaissance, une alternative ou pire, un progrès. Affirmer l'existence et la dignité d'autres valeurs que celles qui favorisent l'adaptation à ce monde ne revient pas à attribuer à la croyance en ces valeurs le pouvoir d'en finir avec le monde. Michéa a par ailleurs précisé dans Orwell éducateur, en se référant au travaux des marxiens krisistes allemands, qu'il refusait une compréhension par trop "déterministe positiviste" de l'auto-développement du capital. Ce n'est pas pour autant oublier la centralité de la critique de l'économie politique. Et certes, si l’émancipation sociale n’est possible qu’avec l’émancipation de la société du capitalisme, il n'en est pas moins vrai que dès à présent il est possible et nécessaire de critiquer l'idéologie qui confond l'intensification capitaliste et l'émancipation sociale. C'est là critiquer également ses dirigeants, ses vedettes, ses instruments. Et dans le cours de cette critique s'amorce, dans le camp ennemi de cette idéologie spectaculaire, et qui est encore à présent si physiquement émietté et si médiatiquement intimidé, la redécouverte d'une pratique à la fois nouvelle et ancienne, qui est immédiatement critique et surtout pratiquement critique puisqu'elle n'est pas gouvernée par la marchandise autoritaire.
Pas plus que l'action économique de la classe révolutionnaire ne rend inutile l'action politique, l'action économique et politique tout ensemble ne rend inutile l'action spirituelle: celle-ci doit au contraire être menée jusqu'à son terme, en théorie comme en pratique, en tant que critique scientifique révolutionnaire et travail d'agitation précédant la prise de pouvoir par le prolétariat, et en tant que travail scientifique d'organisation et dictature idéologique après cette prise de pouvoir. Et ce qui vaut en général pour l'action spirituelle contre les formes de conscience propres à la société bourgeoise que nous connaissons, vaut encore plus pour l'action philosophique en particulier.
K. Korsch, Marxisme et philosophie

16:58 Publié dans Critique de la critique, discussion et correspondance, Jean-Claude Michéa | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : zizek, deleuze, michéa, korsch, marx, ouellet, orwell



Commentaires
..."travail d'agitation précédant la prise de pouvoir par le prolétariat, ..."
La prise de pouvoir par le prolétariat, en tant que prolétariat ?
ou : La prise du prolétariat par le pouvoir ? Cela nous enferme dans le socialisme, la gestion et la phase transitoire. Gros problème avec ça.
salutations communistes.
Écrit par : A.D. | vendredi, 02 décembre 2011
Répondre à ce commentaireOui, la prise du pouvoir par le prolétariat, en tant que prolétariat. Avec en plus, pour aggraver notre cas, tout ce qu'il faut de conscience, de parti, de programme.
Comment ne pas s'enfermer ensuite dans la gestion bureaucratique?
Ce ne serait pas seulement la classe adverse qui serait combattue et écrasée, mais aussi son projet et son idéologie. Croissance, développement, mondialisation, mobilité, progrès, "les marchés", etc. Tous ces mots de passe, balayés. Aussi la gestion n'aura-t-elle ni le même objet (puisque destruction d'une partie considérable de l'appareil qui ne sert à rien d'autre qu'au procès de valorisation), ni surtout le même objectif. La dictature sera le lieu où le négatif et la gestion se donnent la main et tournent en rond dans la nuit étoilée du communisme. Il est loin le temps où les jacobins français étaient regardés comme des éclaireurs, jusqu'en Russie.
Par ailleurs l'idée d'une auto-abolition de la classe, pour séduisante qu'elle soit, sent encore trop son "économie psychique" selon nous entièrement dépendante des conditions de survie actuelles. C'est cet individu abstrait, à l'identité fragile et somme toute calibré sur mesure pour ce mode de production qui s'imagine par ailleurs "poser un lapin" - s'il est permis d'employer cette expression triviale - au capital.
Au comble de la crise, l'effet de gravité géographique, sociale et psychologique se fera sentir de tout son poids, et alors nous verrons si l'heure aux grandes coagulations sociales n'aura pas à nouveau sonné. Dans ce cas la classe est dotée, par les circonstances dramatiques découlant de la crise, d'un rôle et d'une légitimité nouvelle. En dehors de celle-ci on imagine mal comment se construirait le cheminement à travers les contradictions mortelles et terminales de la société. Sauf sur un mode déjà parcouru par certains jeunes middle-class: l'alternative champêtre. Mais justement, c'est parce qu'ils sont jeunes et middle-class que ça se produit ainsi (mal et pas très longtemps).
Les Chinois et les Arabes, moins enfoncés que nous dans la mystification de la liberté individuelle, s'y mettent déjà. En Occident cela prendra davantage de temps - et sans doute ce sera aussi beaucoup plus brutal et traumatisant.
Cela dit, nous continuons de lire avec le plus grand intérêt ce qui s'écrit dans le courant de la communisation.
salutations communistes
Écrit par : Pierre | vendredi, 02 décembre 2011
Répondre à ce commentaire"La dictature sera le lieu où le négatif et la gestion se donnent la main et tournent en rond dans la nuit étoilée du communisme. "
Cela me fait plutôt l'effet de "in girum imus nocte et consumimur igni", la métaphore est jolie, oui mais, bien que je ne comprenne pas très bien ce que vous appelez "le négatif", cela me fait tout drôle cette poignée de main avec la "gestion", cette ronde comment en sort-on ? Et pourquoi en sortir: nous voici enfin débarrassé "d'une partie de l'appareil productif qui ne sert à rien d'autre qu'au procès de valorisation" et de la classe qui allait avec, en fait la classe parasite, celle des capitalistes...Vous écrivez "ce n'est pas seulement la classe adverse qui sera combattue...", adverse, oui mais complémentaire également. La classe prolétarienne n'est rien sans le capital, rien avec lui non plus.
"Par ailleurs l'idée d'une auto-abolition de la classe, pour séduisante qu'elle soit, sent encore trop son "économie psychique" selon nous entièrement dépendante des conditions de survie actuelles. " Par contre l'idée d'un programme, d'une conscience et d'un parti, ne vous semble pas, elle, liée à une quelconque "économie psychique" ? Je trouve cela vraiment étrange.
"Les Chinois et les Arabes, moins enfoncés que nous dans la mystification de la liberté individuelle, s'y mettent déjà."
Rappelez-moi à quoi, les Chinois et les Arabes se mettent, je ne suis pas bien au courant. Des conseils ouvriers ? Des tentatives de constitution de conseils ?
Les Chinois, Chinoises, Arabes et Arabes, vous les voyez moins"enfoncé(e)s que nous dans la mystification de la liberté individuelle. " Certainement pour la liberté individuelle, vaut-il mieux être ici que là-bas, toute mystification mise à part.
Quant au côté "ensauvagé" que cette assertion insinue, n'est-elle pas à mettre en rapport avec l'idéologie "Tiers-Mondiste" ?
Salutations communistes
PS. Bien que fils d'ouvrier, j'ai participé dans les années 70 à des communautés éphémères (ou effet mère, pour rester à l'époque avec Lacan),je n'étais pas seul dans ce cas...il faut parfois se méfier des classifications arrangeantes, certes, mais sommaires.
Écrit par : A.D. | samedi, 03 décembre 2011
Répondre à ce commentaire"""Vous écrivez "ce n'est pas seulement la classe adverse qui sera combattue...", adverse, oui mais complémentaire également. La classe prolétarienne n'est rien sans le capital, rien avec lui non plus. """
En fait il me semble que c'est là le point central du désaccord qui se manifeste ici. Il est tout à fait exact que la classe révolutionnaire est complémentaire, et qu'elle n'est rien sans le capital. Toutefois on ne comprend pas pourquoi le prolétariat ne pourrait pas, selon la séquence historique suivante:
1) s'affirmer comme tel, s'emparer du pouvoir, instaurer sa dictature
2) et déjà reconnaître que la réalisation des objectifs de cette dictature comporte comme conséquence logique l'abolition de la classe
On ne comprend pas, mais on doit peut-être deviner qu'il existe une fatalité en cette matière, qui veut que celui qui prend le pouvoir est forcément pris à son tour par lui, d'où il s'ensuivrait inévitablement une chute dans l'enfer gestionnaire?
Il y a des précédents historiques qu'il serait absurde de ne pas considérer, mais la différence de taille est qu'alors un révolutionnaire se proposait de faire plus et mieux que la concurrence bourgeoise. C'est ce que Postone, par exemple, appelle le marxisme traditionnel.
De nos jours, ce n'est pas seulement la classe propriétaire, mais aussi l'idéologie de celle-ci qui sont discréditées. Du coup, que faudrait-il gérer? Le démantèlement de la production? La disparition des classes? Gérer non pas une continuité, mais une rupture.
Par ailleurs dans le contexte d'une migration vers une société nouvelle, migration angoissée, panique, forcément traversée par des affrontements très violents, la production d'un nouveau récit historique, d'un mythe de masse ou d'une identité collective semble assez inévitable. C'est le moment le plus dangereux, où naguère les fascismes ont eu le dessus sur le mouvement en proposant la communauté nationale et la guerre. Ce défi se présentera à nouveau, et il faudra y répondre.
Donc oui, la crise de l'économie engendre la fin de cet individu dont la liberté est comprise comme retranchement de tous les liens qui l'inscrivent dans un lieu, une filiation, une histoire, une classe. On se rend compte que l'histoire n'est pas finie, que la "démocratie" n'est la fin de rien du tout, que les classes existent, que la politique ce n'est pas le spectacle électoral, et que la construction du programme découle naturellement de la critique d'un monde qui rend la vie non pas plus belle comme à Marseille, mais toujours plus laide.
Je ne continue pas sur les émeutes en Chine et le renversement des régimes dans les pays arabes (non, pas de conseils ouvriers en vue pour vous répondre).
J'aimerais mieux savoir comment A.D. envisage de son côté le passage au communisme. Ce n'est pas, laisse-t-il entendre, le parti, le programme, la transition, le pouvoir, etc. Est-ce donc sous la forme d'une éclosion d'une multitude de "communes" qui, immédiatement, réalisent un rapport social entièrement inédit?
salutations communistes
Écrit par : Pierre (R.) | dimanche, 04 décembre 2011
Répondre à ce commentaireSalut,
Pour répondre à la question posée dans le dernier paragraphe, je m'en remettrai à deux textes parus dans le N° 1 de SIC, revue internationale pour la communisation: "Le moment actuel" (R.S.), et "Le Pas suspendu de la communisation" (B.L). Mon opinion personnelle se situe quelque part par là.
Je vous en Conseille vivement la lecture, ainsi que des six autres textes de cette nouvelle revue.
Cordialement.
pour la communisation
Écrit par : A.D. | lundi, 05 décembre 2011
Répondre à ce commentaireEn passant :salut
Contre Deleuze, mais rien pour Michéa;-)
Écrit par : A.D. | mercredi, 07 décembre 2011
Répondre à ce commentaireRien pour Michéa? Dommage!
salut
Écrit par : Pierre | jeudi, 08 décembre 2011
Répondre à ce commentairehttp://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2011/12/09/jadis-les-usines-tournaient-a-plein-regime/
Je ne sais pas si je vais avoir le temps, maintenant de verser ici ce que je pense, j'ai cru poster hier un copié/collé d'un extrait du Blog de Benjamin Noys, No useless leniency, au sujet d'un bouquin,Folk Opposition, qui tentait de faire un point sur l'affaire du populisme de gauche, voire d'extrême-gauche. Je constate que cet extrait en anglais,n'est pas paru en commentaire, mais peut-être est-ce un incident ou une distraction de ma part, peut-être le temps d'examiner cet extrait, ce qui serait, après tout compréhensible...
Au sujet directement de Michéa et de la critique formulée par M. Ouelet,
"Autrement dit, il faudrait chercher dans la morale et les traditions antérieures au capitalisme une forme de subjectivité qui possèderait en elle-même les capacités de transcender le capitalisme." Je ne comprends pas pourquoi il s'agirait de "traditions ANTERIEURES au capitalisme",? En fait c'est du programmatisme que se forme cette identité et cette morale, cette conscience de classe, qui est la morale, la conscience adéquate à son milieu, à son temps, aux relations de classes de CETTE période. Tout cela n'est plus.( Cf; Lien ci-dessus), Tout cela a sombré avec la fin du programme ouvrier, avec la fin de l'identité ouvrière qui est la fin de la possibilité de réorganisation sociale sur la base du travail. Le socialisme fut sa victoire et sa défaite. Que dire de la contradiction de " Tout le pouvoir aux conseils" et "" Ne travaillez jamais"?
A présent, le prolétariat est dans l'incapacité de ne serait-ce que penser pratiquement une révolution re-socialiste, c'est-à-dire, à affirmer son identité, en tant que tel, en tant que producteur de plus-value. C'est pourquoi il est relativement aisé, et pas tout à fait faux, d'affirmer que le prolétariat dans son ensemble, et les prolétaires individuelles, sont "réac" ou "inconscients" (du moins dans la zone dominante capitaliste). Ce n'est pas tout à fait faux, parce que cela reste à un niveau très en surface, cependant il est difficilement contestable que l'agrégat ouvrier-peuple est porteur encore et plus d'une idéologie individualiste, nationaliste et xénophobe par exemple. D'ailleurs les récents mouvements des Indignados comme celui des 99%, s'inspirent des valeurs démocratistes présentes dans la classe moyenne, même si de nombreuses personnes qui participent à ces mouvements sont prolétarisées.
Le prolétariat ne peut plus s'affirmer, et il ne le pourra jamais plus. Les considérations, un peu moralisantes de Michéa, n'y feront rien. Rien de rien n'y fera, car l'histoire ne repasse pas les plats, car la lutte des classes a une histoire. Cette histoire fait Histoire.
Le Deuil du programme comme condition nécessaire.
Écrit par : A.D. | vendredi, 09 décembre 2011
Répondre à ce commentaireSalut,
"""Je constate que cet extrait en anglais,n'est pas paru en commentaire""""
Aucun extrait n'a été effacé, je vous invite donc à le poster à nouveau et me signaler un éventuel problème dans la publication.
""""Tout cela a sombré avec la fin du programme ouvrier, avec la fin de l'identité ouvrière qui est la fin de la possibilité de réorganisation sociale sur la base du travail.""""
Je ne comprends pas pourquoi la fin de l'identité ouvrière - qui est incontestable - implique la fin de la possibilité de réorganisation sociale sur la base du travail. Le travail a changé, il s'est donné d'autres formes d'organisation (la fin des grandes usines, évoquée dans votre lien), qui ont amené d'autres formes de socialisation, etc. Mais le travail, pour autant n'a pas disparu.
"""""A présent, le prolétariat est dans l'incapacité de ne serait-ce que penser pratiquement une révolution re-socialiste, c'est-à-dire, à affirmer son identité, en tant que tel, en tant que producteur de plus-value."""""
Il en est incapable POUR LE MOMENT, parce que dans l'esprit de nos contemporains poser la révolution c'est encore poser l'identité ouvrière. L'impossibilité de cette dernière n'implique pas, cependant, l'impossibilité d'une affirmation identitaire.
""""...le prolétariat dans son ensemble, et les prolétaires individuelles, sont "réac" ou "inconscients [...] l'agrégat ouvrier-peuple est porteur encore et plus d'une idéologie individualiste, nationaliste et xénophobe par exemple. """""
Oui le prolétariat est sommé par ses maîtres de se moderniser encore, d'aimer une vie décidée ailleurs et sans lui. On lui fait bouffer de la merde et il doit encore dire merci aux "élites" tellement progressistes, tellement "ouvertes sur le monde", etc.
""""Le prolétariat ne peut plus s'affirmer, et il ne le pourra jamais plus.""""
Non, c'est l'identité ouvrière qui ne peut plus s'affirmer. Le prolétariat, aussi longtemps qu'il n'aura pas disparu, pourra s'affirmer. En s'affirmant il reconnaît qu'il n'est rien, qu'il peut être tout. Son programme est sa propre destruction.
Écrit par : (R) | dimanche, 11 décembre 2011
Répondre à ce commentaire""Je ne comprends pas pourquoi la fin de l'identité ouvrière - qui est incontestable - implique la fin de la possibilité de réorganisation sociale sur la base du travail""
Parce que l'identité ouvrière se fonde sur la centralité du travail, l'identité ouvrière c'est le travail. Depuis la fin du programmatisme le contenu des restructurations capitalistes (c'est-à-dire: de la lutte des classes en tant que révolution/contre-révolution) consiste en la liquidation de toute possibilité d'affirmation du prolétariat en tant que classe du travail, et le prolétariat n'est que cela. Ce qu'on appelle "globalisation" c'est bien cette impossibilité. D'ailleurs on constate dans de nombreuses luttes cette impossibilité comme dynamique même de la lutte dans cette période ( nouveau cycle de luttes à partir de la restructuration du mode de production capitaliste dans les années80-9o). le problème actuel est posé de la sorte: le capital est dans l'incapacité de cesser de se restructurer (restructuration sans fin), le prolétariat, comme classe du travail dans la société connaît une crise de reproduction (crise actuelle). " C'est le contenu actuel de la révolution à venir que les luttes annoncent dans le cycle de luttes actuel, chaque fois que le fait même d'agir en tant que classe apparaît comme une contrainte extérieure, une limite à dépasser" ( R.S., Le moment actuel, in SIC, revue internationale pour la communisation).
""Non, c'est l'identité ouvrière qui ne peut plus s'affirmer. Le prolétariat, aussi longtemps qu'il n'aura pas disparu, pourra s'affirmer. En s'affirmant il reconnaît qu'il n'est rien, qu'il peut être tout. Son programme est sa propre destruction""
"La révolution est communisation, elle n'a pas le communisme comme projet et résultat, mais comme contenu" (R.S.op cit)
Je reviendrai, peut-être avec ce texte paru sur No useless Leniency, au sujet de Folk opposition , livre de Nivens. Excusez ma bête et méchante comme paranoïa je vous prie.
De toutes façons à propos de l'idéologie : celle-ci n'est pas déterminante. sinon on comprendrait mal ce qui a pu se passer, par exemple en 68 (ou tout autre événement social), qu'est-ce qui avait changé pour que les étudiantxs, les empoyéxs, les ouvrières et ouvriers, s'y mettent ainsi de façon imprévisible ? avaient-ils changé leur idéologie ? Pareil, actuellement en Tunisie, Egypte, etc...
La classe exploitée se soulève du fait même de son exploitation...la place des opinions là-dedans me semble anecdotique. Maintenant, il ne s'agit pas de dire que la critique de l'idéologie dominante, et de ses rejetons, ne soit pas utile. De même la théorie du prolétariat fait partie de la lutte des classes, le moment viendra peut-être de l'inflexion des luttes massives par" l'intervention" théorique.
Salutations, pour la Communisation.
Écrit par : A.D. | lundi, 12 décembre 2011
Répondre à ce commentaireJe ne veux éviter aucunes questions (que l'on rencontrera de toute façon à nouveau par la suite), mais j'aimerais qu'on s'arrête un moment sur cette idée de l'impossibilité de l'affirmation du prolétariat. Décidément je peine à comprendre.
"""""la liquidation de toute possibilité d'affirmation du prolétariat en tant que classe du travail, et le prolétariat n'est que cela. Ce qu'on appelle "globalisation" c'est bien cette impossibilité. """""
Oui, le prolétariat est la classe du travail. Mais vous dites, si je comprends bien: il y a retructuration, dont l'objet est le mode de production (donc il y a toujours le travail), mais par contre la classe du travail ne peut plus s'affirmer.
Plus loin: """le prolétariat, comme classe du travail dans la société connaît une crise de reproduction""""
J'ai déjà dit dans ma précédente réponse que s'il est vrai qu'il y a une crise au long cours de cette reproduction, elle n'intéresse qu'une forme spécifique de l'identité de la classe du travail. Il doit s'écouler forcément du temps, des décennies, avant qu'à cette forme perdue (globalisation oblige) n'en succède une autre. Et mon idée c'est qu'avec cette autre forme nous sera peut-être également restituée la possibilité d'une affirmation de la classe, et de là tout le reste (parti, programme, etc.).
De votre côté vous dites, si j'ai bien compris: la vieille forme de l'identité est déchue, et ce qui a rendu impossible l'affirmation de celle-là rendra impossible toute affirmation à l'avenir. Aussi plus d'affirmation, donc plus de classe du travail, donc seule sortie : réalisation immédiate du contenu, la communisation est déjà et toute la révolution.
Écrit par : (R) | mardi, 13 décembre 2011
Répondre à ce commentaireLa restructuration est celle du rapport d'exploitation, càd du rapport entre les classes. La restructuration du mode de production capitaliste des années 80 a aboutit à une gestion globale où le prolétariat n'est plus en mesure d'affirmer le travail, parce que affirmer le travail n'a plus de sens, dans la mesure où la gestion globale du travail rend celui-ci superflu. Cette superfluidité informé par le capital financier structure une géopolitique et un zonage capitaliste. Les états-nations, à l'intérieur desquelles ont pu s'affirmer les prolétariats nationaux, contre les capitalistes nationaux, (pensez à l'Inter-nationale) ne tiennent plus le rôle de médiateurs sociaux, tendanciellement c'est l'extraction globale de la plus-value qui détermine le salaire moyen. Les possibilités d'affirmation, par exemple par auto-gestion sont réduites à rien, car c'est à présent la globalisation qui fragmente les tâches, segmente les activités, etc...
Bien sûr le "travail existe", mais ce n'est plus le même, le "travail" a une histoire, de là, de cette position matérielle, tel ou tel autre type de travail, s'ensuit que celui-ci puisse être ou non considéré comme porteur en lui-même, d'une certaine positivité. De toutes façons affirmer le travail, la classe du travail, c'est ipso facto affirmer son exploitation, en dehors de laquelle celui-ci n'est rien. La phase précédente a très bien montré, avec le socialisme réel, ce qui se passait lorsque cela marchait. Et c'est la crise de ce qui "marchait" alors qui à présent, après les tentatives révolutionnaires des années60-70, est devenu la crise de la reproduction des classes. Ce n'est pas une crise au long cours, c'est la crise actuelle.
Vous considérez que la possibilité reviendra un jour, je ne sais pas.
En ce qui me concerne je considère que le programmatisme est définitivement mort et enterré, et je ne crois pas aux résurrections. Vous considérez le programme comme "invariant", éternel, en tout cas tant qu'il y aura du prolétaire, je ne connais rien d'éternel, ni d'invariant. Le prolétariat, parce qu'il ne peut plus s'affirmer en socialisant, en tentant désespérément d'affirmer le travail contre le capital dont cependant il est une catégorie, a aboutit à cette impossibilité d'affirmation. Celle-ci ne signifie pas la fin des classes et du travail, elle signifie : seule la communisation des rapports sociaux est en mesure d'abolir la règle du jeu de la lutte des classes. Il n'y rien à retrouver. Mais la communisation n'est pas le communisme.
"La question de la communisation est celle du dépassement par le prolétariat, ou plutôt par les prolétaires, de la défense de leur condition et donc de leur implication réciproque avec le capital, qui soit, non une socialisation, c'est à dire, un mode de gestion de l'économie, mais la constitution d'une communauté d'individus qui soit immédiatemment ses constituants" (Le Pas Suspendu de la Communisation, B.L. in SIC revue internationale pour la Communisation N1).
Salutations- serpentines ?-
Écrit par : A.D. | jeudi, 15 décembre 2011
Répondre à ce commentaire"""""""affirmer le travail n'a plus de sens, dans la mesure où la gestion globale du travail rend celui-ci superflu. Cette superfluidité informé par le capital financier structure une géopolitique et un zonage capitaliste. Les états-nations, à l'intérieur desquelles ont pu s'affirmer les prolétariats nationaux, contre les capitalistes nationaux, (pensez à l'Inter-nationale) ne tiennent plus le rôle de médiateurs sociaux, tendanciellement c'est l'extraction globale de la plus-value qui détermine le salaire moyen. Les possibilités d'affirmation, par exemple par auto-gestion sont réduites à rien, car c'est à présent la globalisation qui fragmente les tâches, segmente les activités, etc..."""""""
Je constate le même mouvement à l'oeuvre, mais je ne vois pas, une fois de plus, en quoi il détermine l'impossibilité de l'affirmation du prolétariat. Il n'est plus nationalisé? Il est fragmenté? Il est déqualifié? Oui, et...? d'où tirez-vous la certitude qu'il ne pourra plus se recomposer dans des formes que nous ne pouvons peut-être pas encore imaginer?
""""""De toutes façons affirmer le travail, la classe du travail, c'est ipso facto affirmer son exploitation, en dehors de laquelle celui-ci n'est rien. La phase précédente a très bien montré, avec le socialisme réel, ce qui se passait lorsque cela marchait. """"""
Mais est-ce qu'en vérité la théorie de la communisation ne s'origine pas précisément dans le dépit ressenti par les maximalistes de voir que quand affirmation il y avait, cela ne donnait pas précisément la Commune, les barricades spartakistes ou Barcelone insurgée? Du coup ce qui importe c'est d'en finir avec ce qui serait devenu "l'ennemi intime". Roland Simon, dans son Etats des lieux - Meeting IV - écrit à propos de l'analyse des émeutes de novembre et de la lutte anti-CPE que "la rupture est consommée avec ceux qui, dans un surprenant renversement, se veulent les derniers représentant du mouvement ouvrier qui était leur ennemi intime quand il existait (Le Mouvement Communiste)."
""""Celle-ci ne signifie pas la fin des classes et du travail, elle signifie : seule la communisation des rapports sociaux est en mesure d'abolir la règle du jeu de la lutte des classes."""""
Pour abolir la règle du jeu il faut que l'autre joueur, qui est très costaud physiquement et psychologiquement (l'habitude de gagner, peut-être), soit d'accord de vous laisser quitter la table de jeu. Et cela n'arrivera pas, ou alors seulement dans la mesure où ce monde communisé n'entravera en rien la marche infernale du Premier Monde. Les propriétaires ne laisseront communiser que la misère.
"""""constitution d'une communauté d'individus qui soit immédiatemment ses constituants"""""
Comment penser cette constitution comme produit de la lutte de classe, donc de l'antagonisme, donc en la présence de ce qui nie la communisation? Cette constitution doit avoir lieu mais (malheureusement) elle n'aura lieu que dans et par la lutte. Elle ne se donne donc pas d'emblée, elle sera forcément fragile. Et à mon avis, le parti doit justement former cette ébauche de constitution. C'est à cela aussi qu'il sert.
salutations goldorakiennes
Écrit par : (R) | samedi, 17 décembre 2011
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