07.09.2009

Mêmes goûts et pensée secrète

Le pro-situ, naturellement, ne peut dédaigner les biens économiques dont dispose le cadre, puisque toute sa vie quotidienne est orientée par les mêmes goûts. Il est révolutionnaire en ceci qu’il voudrait les avoir sans travailler ; ou plutôt les avoir tout de suite en « travaillant » dans la révolution anti-hiérarchique qui va abolir les classes. Trompé par le facile détournement des maigres allocations d’études, par lesquelles la bourgeoisie actuelle précisément recrute ses petits cadres dans diverses classes – passant aisément par les profits et pertes la fraction de ces subsides qui sert quelque temps à l’entretien de gens qui cesseront de suivre la filière –, le pro-situ en vient à penser secrètement que la société présente devrait bien le faire vivre assez richement, quoiqu’il soit sans travail, sans argent et sans talent, du seul fait qu’il s’est déclaré un pur révolutionnaire. Et il croit en outre se faire reconnaître comme révolutionnaire parce qu’il a décrété qu’il l’était à l’état pur. Ces illusions passeront vite : leur durée est limitée aux deux ou trois années pendant lesquelles les pro-situs peuvent croire que quelque miracle économique les sauvera, ils ne savent comment, en tant que privilégiés. Bien peu auront l’énergie, et les capacités, pour attendre ainsi l’accomplissement de la révolution, qui elle-même ne manquerait pas de les décevoir partiellement. Ils iront au travail. Certains seront cadres et la plupart seront des travailleurs mal payés. Beaucoup de ceux-ci se résigneront. D’autres deviendront des travailleurs révolutionnaires.

 

In La Véritable Scission, thèse 38

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