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07.12.2007

Texte de Gianfranco La Grassa

Nous vous proposons un article de Gianfranco La Grassa, intellectuel italien dont les analyses méritent selon nous d'être connues et discutées bien au-delà de la seule Italie. Nous avons également traduit la brève présentation du texte, telle qu'elle a été donnée sur le blog (cf. lien) où il a été publié dans sa langue originale le mardi 5 juin 2007. Pour toute question ou remarque concernant cette traduction, prière de nous contacter. Bonne lecture.

 

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Nous vous proposons cet article de Gianfranco La Grassa qui est aussi une invitation à la discussion entre toutes les personnes de bon sens, entre tous ceux qui ont décidé de se libérer de l’atroce dichotomie antithético-polaire droite/gauche institutionnelles. Je partage pleinement l’analyse lagrassienne quand il affirme que le pire cancer qui accable l’Italie, dans le moment historique présent, est la gauche, tandis que la droite, tout au plus, représente la progression de la métastase subordonnée au mal principal. Beaucoup feront la grimace devant de telles affirmations, notamment ceux qui sont complètement immergés dans la "soupe" identitaire de l’anti-berlusconisme à outrance. Mais définir négativement sa propre identité signifie renoncer à l’élaboration d’une pensée critique et à l’ « idéalité » qui a toujours accompagné la tentative de transformation sociale. Certes, nous sommes encore loin de pouvoir proposer des solutions efficaces pour la transformation, mais c’est justement la raison pour laquelle nous devons accepter l’invitation de La Grassa à mener un travail d’analyse, à élaborer de nouvelles « hypothèses » théoriques utiles pour comprendre les aspects les plus décisifs (dynamique et « déterminations ») du capitalisme d’aujourd’hui. Pour ce faire, nous n’avons certes pas besoin des fardeaux identitaires et encore moins des stupides fantômes de l’idéologie avec laquelle de nombreux curetons du marxisme tentent encore d’enserrer le monde pour le faire correspondre à leurs théories sclérosées.

 

 

 

 

 

Se consacrer à l’analyse

 

 

 

Gianfranco La Grassa

 

 

 

Depuis longtemps déjà – comme en témoignent les articles écrits pour le blog et le site – je soutiens que la gauche, ou si l’on veut le centre-gauche, est un cancer désormais en métastase dans la société italienne. J’ai également voulu montrer que, par certains côtés, celle que l’on indique comme gauche « radicale » est le pire du pire. Le choix d’un « être….. » comme Prodi pour chef de la coalition, la corruption, la pourriture, l’arrogance, unies à la plus totale incapacité et inutilité démontrées par le gouvernement durant cette année d’(in)activité, ainsi que les dernières affaires Visco-Speciale (et celles relatives à l’Ansa, à l’accaparement des services secrets, de la Rai, d’importantes charges dans les différentes Armées, etc.) ont pour moi démontré : 1) qu’il n’existe plus aucune mesure soi-disant démocratique à même de nous sauver de ce cloaque où la m… monte à une vitesse impressionnante ; 2) que le noyau dur de l’électorat « degauche » n’est plus constitué dans sa majorité par les ouvriers et les couches sociales les plus modestes mais bien par un informe amas de classes moyennes (celles dédiées à des activités qui absorbent d’énormes ressources en échange d’une maigre utilité), lequel amas est entièrement homogène, de par sa corruption et sa pourriture morale et intellectuelle, aux groupes politiques de gauche. Ce sont ces classes dégoûtantes qui propagent la perverse idéologie de la « fin des idéologies », laquelle conduit au relativisme le plus ignoble, relativisme que lesdites classes célèbrent – se faisant passer pour modernes et "laïques" – afin de justifier leurs cochonneries avec l’excuse que de toute façon tout est désormais possible (qui se rappelle « Si può ? » de Gaber ? Cette chanson est le véritable hymne de ce crasseux, immonde ramassis qui nous gouverne (1)).

 

 

 

J’ai aussi cherché à découvrir dans la fameuse « diversité » du PCI l’origine ultime de la terrible dégénérescence (justement cancérigène) subie par les post-communistes (démocrates de gauche, démocrates ou comment diable ils veulent s’appeler), sans que de ce grave processus régressif ne se sauvent non plus ceux qui se disent "gauche démocratique" ou "alternative" ou autre, et pas même ceux qui insistent, en vrais salauds, à vouloir usurper le nom de "communistes". A ce point il n’est que cette alternative : ou renverser quotidiennement insultes et injures sur ces foutus vauriens ; ou déplacer notre attention non pas sur des discours contingents et journaliers (d’une certaine manière journalistiques), mais plutôt sur des analyses théoriques ou du moins conjoncturelles et de phase ; dans tous les cas en s’opposant à cette gauche – et à son « spéculaire » qu’est la droite – à l’intérieur de développements plus approfondis. Du reste, il s’agit d’assumer, dans les limites du possible, l’attitude détachée de l’entomologiste qui étudie certains insectes : non pas les hannetons ou les coccinelles (qui sont passablement gracieux), mais les cafards, les vers, et dans le meilleur des cas, les scorpions. Parce que celui qui participe au jeu insensé du droite-gauche, surtout s’il choisit ce dernier camp, appartient bel et bien à ce type d’insectes dégoûtants qu’instinctivement nous cherchons à écraser du pied quand nous les croisons sur notre chemin.

 

 

 

Tout autre attitude adopterai-je envers ceux que je sais être de bonne foi et sincères quand ils persistent à se déclarer communistes. Je ne crois plus tellement à cette perspective mais je suis disposé néanmoins à maintenir avec ceux-ci – avec ceux d’entre eux qui le souhaitent, évidemment – un dialogue soutenu ; tout en manifestant bien sûr mes doutes sur les positions qu’ils assument et qui semblent conduire à de continuelles divisions et scissions. En tout cas si quelqu’un, conscient de la gravité de la situation désormais pourrie, veut passer outre les aversions (dont personne ne nie l’existence) afin d’entamer une sincère et honnête discussion, cela ne demande jamais qu’un effort de bonne volonté. En fixant cependant certaines limites.

 

 

 

Personnellement, comme je l’ai déjà dit, je reste convaincu que le communisme est un procès historique révolu et qu’il ne peut reprendre sinon sur la base de révisions drastiques (qui sont encore loin d’être définies) de la  théorie et de la pratique. Toutefois, si quelqu’un – je le répète : en parfaite bonne foi et avec une profonde adhésion idéale – n’est pas convaincu de pareille affirmation, ce ne sera certainement pas moi qui émettrai des jugements de condamnation et de rejet. Comme tout le monde, peut-être discuterai-je avec passion, de façon polémique, je me laisserai aller quelques fois à des « piqûres », mais je peux assurer que je ne romprai pas avec celui qui croit vraiment en ce qu’il dit et qui ne le dit pas en vue d’intérêts mesquins. Cela étant, ma conviction profonde est qu’il n’est permis à personne qui veut se définir comme communiste de se dire de gauche ; c’est comme s’il déclarait vouloir un « monde nouveau » (même un peu « idéalisé ») e qu’il continuait à fréquenter les vers et les cafards qui infectent l’organisme et sur lesquels il faudrait au contraire vaporiser un puissant insecticide.

 

 

 

Il est donc plus que juste et nécessaire de discuter avec les communistes (et les anticapitalistes et anti-impérialistes) sincères, avec ceux qui éprouvent un authentique dégoût pour cette immonde société que nous appelons « civilisation occidentale » (malheur à nous si elle devait se réduire à ce que nous voyons tous les jours; car alors il vaudrait mieux devenir des « Orientaux ») ; en s’opposant toutefois de front à ceux qui appartiennent à la gauche, y compris, en particulier, à celle dite radicale.  Comprenons-nous bien : est-il possible de penser qu’il y avait un sens à discuter avec les social-démocraties de 1914, quand celles-ci « trahirent » et soutinrent la Grande Guerre ? La gauche contemporaine, dans toutes ses composantes, est beaucoup plus répugnante, corrompue et putride que celle d’alors ; si elle cause moins de dégâts c’est uniquement parce que n’existent pas les conditions de l’époque de l’impérialisme du début du vingtième siècle.

 

 

 

Certains individus, sans doute de bonne foi, persévèrent dans l’erreur de perspective selon laquelle ils croient que la gauche nous sauve au moins de la droite ; et encore, même pas de la droite, mais seulement « de Berlusconi ». Une erreur catastrophique, définitive, qui amènera à la disparition de toute force effectivement critique de l’actuelle organisation sociale. L’infection mortelle provient de la gauche ; que l’on fasse l’effort d’analyser la situation ne serait-ce qu’avec l’instrument marxiste pas encore « revisité » et adapté à l’époque. La droite est simplement la réponse malade à ce cancer qu’est la gauche ; plus précisément, elle est l’immunodéficience d’un organisme qui ne réussit pas à s’opposer aux germes pathogènes de gauche qui déferlent avec une violence croissante dans le « corps » de notre société.

 

 

 

Ce n’est pas un hasard si le socle social de la droite (et il me semble que celui-ci ne soit de loin pas satisfait de ses représentants politiques) est constitué par le petit commerce, la petite entreprise industrielle, le travail ainsi-dit autonome. Mais le socle social de la gauche n’est plus l’ouvrier (encore moins le paysan) ; c’est la mélasse des  conformistes médiocres, de ces hypocrites, factieux, décérébrés, qui se pavanent dans le spectacle, dans les apparats médiatiques, dans l’assistance sociale (en état d’asphyxie permanente, négligée et ruineuse), dans l’enseignement (et la « formation » d’on ne sait trop quoi), dans mille métiers afférents au soi-disant secteur tertiaire avancé, à l’informatique, à la publicité, ou carrément à la « réalisation sur Terre » de l’imaginaire general intellect, lequel n’a rien à voir avec ce que Marx désigne sous ce terme, puisque chez lui cela désignait les puissances mentales de la production, c’est-à-dire cet « ingénieur » que, selon les prévisions marxiennes (démenties par l’Histoire), la dynamique intrinsèque au mode de production capitalistique aurait dû faire confluer avec le « manœuvre » (ou « journalier ») dans le travailleur collectif coopératif, sujet du « mouvement » (le communisme, justement) qui aurait « aboli l’état présent des choses ». Le general intellect de Marx n’était certainement pas Bifo (2) ou quelqu’un de ce genre (aucun mépris de ma part pour le personnage cité, qui comptera sans doute beaucoup d’autres mérites ; je dis seulement que lui et ses semblables ne représentent pas l’ « intellect général » au sens où l’entendait le fondateur d’une théorie révolutionnaire).

 

 

 

Ainsi, pour autant que je retiens nécessaire revoir  toute chose avant de se déclarer éventuellement de nouveau communistes - et de toute façon nous nous déclarons sans autre anticapitalistes – je suis ouvert à la discussion avec tous les critiques de cette société, en dehors de toutes les mystifiantes et insensées distinctions entre qui est de droite et qui de gauche, à condition que l’on comprenne comment la gauche (c’est-à-dire « ceux du Gouvernement ») soit aujourd’hui à « enterrer » – compréhension préliminaire à quelconque nouvelle pratique politique. Je n’ai aucune envie de discuter avec celui qui soutient encore ce Gouvernement et cette gauche, avec celui qui ne sent pas combien serait belle la venue du Grand Chirurgien capable d’extirper un cancer si largement répandu dans l’organisme. Et je ne discute pas justement parce que je ne veux plus pinailler sur la base de catégories comme droite et gauche, sinon en tant que pure convention de langage utilisée parfois par commodité (antiscientifique). Nous devons avant tout faire savoir « à droite et à gauche » (3) que le premier pas à franchir consiste en l’élimination, l’extirpation, l’anéantissement de ceux qui sont actuellement au gouvernement de ce pays ; dans le même temps, il est nécessaire de s’activer afin que la réponse ne soit pas celle de l’organisme immunodéficitaire, c’est-à-dire celle des forces que l’on indique conventionnellement comme étant de droite.

 

 

 

Il y a donc besoin du Grand Chirurgien, vu que toute autre réponse dite « démocratique » conduit seulement au prolongement de la maladie, à travers l’alternance du cancer et de la réponse malade à celui-ci. Et tenons compte du fait que les forces économico-financières, actives en retrait des actuelles forces gouvernementales, sont en train de les soutenir afin de mieux travailler en coulisses à leur « dernière planche de salut » : le « centre » marécageux des techniciens et des ainsi-dits « modérés ». Car celles-là aussi ont compris que le va-et-vient (le jeu de miroirs) entre droite et gauche (conventionnelles) nuit, par son incapacité manifeste à gouverner, à leur rapine aux dépens de la population. Et voici alors « Luca » (4) qui fait le centriste, qui cherche la fange à même d’envaser toute chose. Non, la seule espérance est la « chirurgie » (du reste, la branche de la médecine qui a, de loin, le plus progressé).

 

 

 

Et maintenant revenons au travail d’analyse sans, si possible, s’abandonner aux polémiques « au jour le jour », qui sont du reste inutiles. Une fois assuré que le vrai ennemi mortel de chaque espérance et de chaque idéal est ce qui par une banale convention est dénommé gauche ; une fois que l’on a manifesté tout le mépris possible pour cet être « … » dont ils ont fait leur chef de file ; une fois précisé que la perspective d’un retour de la droite (conventionnelle) est le symptôme d’une volonté de continuer à « dépouiller » l’écrasante majorité de la population ; il me semble que l’on peut passer à autre chose, à l’élaboration théorique et au repérage des principales tendances inhérentes à la phase actuelle. En invitant également à la discussion tous ceux qui ont en horreur cette société occidentale, et en particulier sa version italienne : dominée par des intrigants, des hypocrites plein de méchanceté, des envieux, des tricheurs, des violents, des lâches et des répugnants et j’en passe. De grâce, ils ne sont pas tous d’une seule et unique « couleur » ; gardons à l’esprit toutefois que le virus infectieux est la gauche, tandis que la dégénérescence des globules blancs, qui aggrave la maladie, est la droite (pour utiliser encore une fois la désormais fade dénomination des deux formations). 

 

 

 

(1) “s-governa”

 

(2) Franco Berardi

 

(3) “a destra e a manca”

 

(4) l’équivalent italien de François (Bayrou)

 

 Lien: http://ripensaremarx.splinder.com/post/12511793

 

 

 

 

 

PS: texte exhumé sur demande.

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