mardi, 24 janvier 2012
Le patrimoine des riches
Quelques récents articles parus dans le journal de référence de la middle-class instruite salariée, souvent fonctionnaire et toujours hélas progressiste, sont consacrés aux riches. Ils (les articles, pas les riches) arrivent comme par hasard au bon moment pour conforter les dernières sorties électorales du candidat PS, ce mou capitaine de pédalo perdu dans la tempête globale qui cherche à se présenter, contre la tradition socialiste de ces trois dernières décennies, comme le candidat du peuple (au sens de populaire) et non plus seulement de la middle-class instruite salariée, urbaine, "ouverte et tolérante" mais pas folle quand même au point de rechercher la proximité géographique, scolaire et professionnelle avec les pauvres. Parce que la pauvreté est une maladie contagieuse, qui vous expose aux séductions du passé. Etre pauvre ça vous a toujours, en effet, un côté "années 30". Dans l'esprit de l'esclave raisonné par l'université capitaliste, la pauvreté appelle des solutions "totalitaires" pour ne pas dire "finales", or les figurants égoïstes de la société épicière ne demandent qu'à pouvoir tranquillement s'enculer chacun dans son coin, en toute liberté privée. Mieux vaut donc oublier les pauvres, dans l'espoir qu'ainsi s'occulteront également les seuls vrais remèdes, forcément expéditifs et violents, au scandale de leur condition.

13:28 Publié dans dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 04 janvier 2012
Le crétin parlementaire de gauche
Ce sont les représentants de la petite-bourgeoisie qui s’annoncent ainsi, de peur que le prolétariat, entraîné par sa situation révolutionnaire, “n’aille trop loin”. Au lieu d’une franche opposition politique: négociation générale; au lieu de la lutte contre le gouvernement et la bourgeoisie: la tentative pour les gagner et les persuader; au lieu d’une résistance énergique à toutes les violences venant d’en haut: la soumission humble et l’aveu de mériter le châtiment. Tous les conflits historiquement nécessaires sont interprétés comme des malentendus et toutes les discussions se terminent par la constatation du parfait accord des parties. Les gens qui en 1848 se considéraient comme des démocrates, peuvent maintenant tout aussi bien s’appeler social-démocrates. Pour les premiers, c’était la république démocratique qui était infiniment loin; pour les seconds, c’est le renversement du système capitaliste et cet objectif n’a par conséquent aucune importance pour la pratique politique du présent; on peut donc négocier, faire des compromis, agir en philanthropes, à cœur joie. Il en est de même de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. On la reconnaît sur le papier, puisqu’on ne peut pas la nier, mais dans la pratique on cherche à la camoufler, à l’effacer, à l’affaiblir. Le parti social-démocrate ne doit pas être un parti ouvrier, il ne doit pas s’attirer la haine de la bourgeoisie ou de qui que ce soit; il doit avant tout faire une propagande énergique parmi la bourgeoisie; au lieu de s’appesantir sur des objectifs lointains qui effrayent les bourgeois et qui pourtant sont irréalisables dans notre génération, le parti préfère employer toute sa force et son énergie aux réformes petites-bourgeoises de rapiécetage, qui sont autant de nouveaux soutiens de l’ancien ordre social et qui risquent peut-être de transformer la catastrophe finale en un processus de dissolution lent, fragmentaire et paisible (…)
Quand on écarte la lutte de classe comme un phénomène pénible et “vulgaire”, il ne reste plus au socialisme que de se fonder sur le “vrai amour de l’humanité” et les phrases creuses sur la “justice”.
Marx, Lettre circulaire, 1879
Reproduite in Rubel, Pages de Karl Marx pour une éthique socialiste, vol. 2 Révolution et socialisme, p. 90; également sur le site de la Bataille socialiste.
ci-dessous: Rubel

14:45 Publié dans Contre la prostitution, Lecture de Marx | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : marx, rubel
mardi, 03 janvier 2012
Monsieur l'excommunié Paul Jorion
Billet invité (un peu comme le fait Jorion sur son blog avec Leclerc). Une réaction à notre billet posté le 31 décembre, intitulé Ce qu'on appelle "dissidence".
Auteur: A.D.
Bien sûr que les dirigeants et la clique etc, ne parlent pas de changer de "cadre(s)" lorsqu'ils sont sont en place, vu que le(s) cadre(s) c'est eux. Pourtant un bidule tel que le risible Front de Gauche, qui proposa à P. Jorion de devenir conseiller ne fait que cela, parler de "changer de cadre", c'est changer le personnel avec une rhétorique démago et une impuissance typiquement de gauche.
Vous [c'est-à-dire nous autres du blog Dissidence] dites que voilà un "bon expert", reste à savoir si un expert est bon et à quoi bon? de même, conséquemment, quel est l'intérêt (à part pour ses suiveurs enamourés) de connaître les détails, jour après jour. Il suffit de lire le Monde diplo une fois de temps à autre, ou bien n'importe quel journal, pour se mettre au courant.
L'analyse est partielle car ses a priori sont faux : le capitalisme comme système de distribution ( pas comme mode de production, pas société de classes,...)
L'existence de trois classes dans ce système de répartition de la richesse : financiers, entrepreneurs, prolétaires.
L'indépassabilité du mode de production, puisqu'il s'agit d'une manière de répartir, non de produire les relations entre personnes et par voie de conséquence:
La fatalité du "chaos" que la crise, crise, avant tout financière (voir: financiers, banquiers: Picsou) ne va manquer d'entraîner, donc la nécessité de "sortir" du cadre, c'est-à dire de sortir "les cadres" et de canaliser les éventuelles révoltes, etc...remplacement des dirigeants, etc...
Ce n'est pas en empilant les crises : crise écolo, crise financière, crise sociale, morale, totale, systémique (très mode), énergétique, humanitaire, etc, etc... que l'on obtient la crise du rapport social capitaliste (Jorion ne sait pas ce que c'est). Sur ces prémisses fausses, Monsieur l'excommunié Paul Jorion, fils de haut fonctionnaire bruxellois, cadre supérieur dans les institutions bancaires américaines, imbu de sa classe, de sa tolérante humanité, de sa bienveillance chrétienne, de sa position et de son rôle de prophète de pacotille ( mais tout ce qui brille est de l'or, sinon des bancors) jette un regard craintif, apeuré sur les mouvements désordonnés des foules misérables, et il dit Jorion : Il faut tout changer pour que rien ne change", et aussi : "Changer de cadres pour encadrer ces mouvements de colère". Voilà son compte, peuchère.
ci-dessous: John Locke, l'homme en colère qui passait à travers les cadres.

11:58 Publié dans Blog, Critique de la critique, discussion et correspondance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jorion
lundi, 02 janvier 2012
Noblesse oblige... qui et pourquoi?
La high life veut être la belle vie. Elle permet à ceux qui y participent un supplément de plaisir idéologique. Du fait que la configuration de l'existence devient une tâche où il convient d'obéir aux rêgles du jeu, de conserver artificiellement un style, de sauvegarder le délicat équilibre entre la correction et l'indépendance, l'existence prend ainsi un sens et tranquillise la mauvaise conscience de ceux qui sont socialement superflus. L'obligation constante où se trouve chacun de faire et de dire exactement ce qui est conforme à son statut et à sa situation requiert une sorte d'effort moral. On se crée des difficultés à être ce que l'on est et l'on croit ainsi safisfaire au patriarcal noblesse oblige.
[...]
Dans sa phase la plus récente la belle vie se réduit à ce que Veblen y a vu à travers les âges, à l'ostentation, au fait de se trouver parmi les élus, et le parc n'offre dautre satisfaction que d'être le mur contre lequel ceux du dehors viennent écraser leur nez. La couche supérieure dont les méchancetés ne cessent de se démocratiser, révèle dans toute sa brutalité ce qui, depuis longtemps, est le fait de la société: la vie est devenue l'idéologie de sa propre absence.
Adorno

13:13 Publié dans Cinéma, Notre jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adorno, veblen, kubrick, kidman
samedi, 31 décembre 2011
Ce qu'on appelle "dissidence"
Lacan n’était pas pressé : j’ai aujourd’hui l’âge qu’il avait quand ont paru ses Écrits. Nous avons quelque chose en commun : la chance d’avoir été excommuniés par nos pairs. Cela vous ouvre en grand les portes de la liberté absolue de penser et de dire, ce qu’on appelle aussi « dissidence ».
Jorion, ici
ci-dessous: cela ouvre aussi les portes de la cité.

14:11 Publié dans Blog, dans la presse | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : jorion, lacan
vendredi, 30 décembre 2011
Objectivement proche de l'extrême droite
NR : Vous ironisez également en disant que « les guerres de l’Otan sont recyclables et l’impérialisme a été intégré au développement durable », une déclaration lourde de sens...
JB : L’ironie portait sur l’attitude des Verts (ou écologistes) européens qui soutiennent à fond la guerre. Ce mouvement qui, lors de sa naissance dans les années 1970, en pleine guerre froide, prônait la résistance passive non violente, même face à une invasion, est devenu ultra-militariste du moment que les guerres sont faites au nom des droits de l’homme, comme en Kosovo et en Libye. M. Cohn-Bendit a fortement critiqué l’Allemagne pour sa non-participation à la guerre. Bien que ce soit une réaction plutôt sentimentale, pour quelqu’un de ma génération, celle de 1968, le fait qu’un ex-soixante-huitard, allemand d’origine juive, critique l’Allemagne pour son pacifisme apparent a quelque chose de surréaliste. Mme Joly, candidate des Verts français à l’élection présidentielle, qui critique les défilés militaires du 14 juillet — ils sont peut-être ringards, mais ne font pas grand mal —, approuve à 100 % la guerre et s’est même inquiétée du fait que celle-ci serait difficile à mener sans troupes au sol. A la suivre, les soldats français devraient être verboten sur les Champs Elysées, mais autorisés à Tripoli. Tout cela montre le chemin accompli, si l’on peut dire, dans la gauche, particulièrement celle issue de 1968, en ce qui concerne le militarisme et l’impérialisme « humanitaire ». Comble de l’ironie, les « fascistes » du Front national condamnent la guerre sans ambages. Ce qui fait que je me retrouve être « objectivement proche de l’extrême droite » parce que j’ai gardé des positions qui étaient traditionnellement celles de la gauche sur la question de la guerre, du militarisme et du droit international.
Giovanni Bricmont, Entretien
ci-dessous: Marine le Pen est-elle pour sa part "objectivement proche" des positions qui étaient traditionnellement celles de la gauche sur la question de la guerre, du militarisme et du droit international ?

13:37 Publié dans Blog, dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bricmont, le pen
jeudi, 29 décembre 2011
Amour tarifé et maisons closes
Au stade historique actuel, compte tenu de l’ordre de grandeur de la terre, des populations et des quantités d’aliments, il faut faire justice de toute vision « idyllique » qui présenterait une petite humanité sereine et naïve, vivant des fruits qui lui tomberaient dans la bouche à partir des branches d’arbres à végétation spontanée, sous lesquels elle serait couchée, ne s’occupant qu’à chanter et à s’embrasser. C’est, dit-on, ce qui se passait à Tahiti et dans les autres chapelets d’îles du Pacifique, où règne un climat de printemps permanent : mais les colonies du capitalisme moderne y sont arrivées à temps, et, à la place de l’amour à l’air libre et gratuit, elles y ont importé l’amour tarifé et les maisons closes. Comme le disent justement les Français (le jeu de mot est dans la prononciation) : civilisation et syphilisation – papier-monnaie et spirochète pâle.
Amadeo Bordiga – Espèce humaine et croûte terrestre (1952)
ci-dessous: Le client, Jean-Louis Forain, 1898. Dans ce cas, le paiement se fait au comptant. Mais d'autres formes d'amours plus subtiles existent, où le paiement est différé et prend des formes mystifiées.

13:38 Publié dans Amadeo Bordiga, Blog, Contre la prostitution, Une belle femme nue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bordiga
mercredi, 28 décembre 2011
Mouvement social et mouvement politique
Est-ce à dire qu'après la chute de l'ancienne société il y aura une nouvelle domination de classe, se résumant dans un nouveau pouvoir politique ? Non.
La condition d'affranchissement de la classe laborieuse c'est l'abolition de toute classe, de même que la condition d'affranchissement du tiers état, de l'ordre bourgeois, fut l'abolition de tous les états et de tous les ordres.
La classe laborieuse substituera, dans le cours de son développement, à l'ancienne société civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l'antagonisme dans la société civile.
En attendant, l'antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie est une lutte de classe à classe, lutte qui, portée à sa plus haute expression, est une révolution totale. D'ailleurs, faut-il s'étonner qu'une société, fondée sur l'opposition des classes, aboutisse à la contradiction brutale, à un choc de corps à corps comme dernier dénouement ?
Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en même temps.
Ce n'est que dans un ordre de choses où il n'y aura plus de classes et d'antagonisme de classes, que les évolutions sociales cesseront d'être des révolutions politiques.
Marx, Misère de la philosophie

13:21 Publié dans Blog, Critique de la critique, Lecture de Marx | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : marx, proudhon


